mercredi 13 avril 2016

"Apostasie" de Vincent Tassy chez Chat Noir

Présentation de l'éditeur :   

"Anthelme croit en la magie des livres qu’il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s’offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d’arbres écarlates, qu’il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche. 
Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s’est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge. Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l’invite dans son donjon pour lui conter l’ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?"

L'avis du Loup Noir punk :

Sans complétement réinventer la mythologie du vampire, mise à part la façon de transformer leurs proies, Vincent Tassy parvient à créer un univers mélancolique et érudit vu au travers les yeux d'un héros très détaché de celui-ci tant il est perdu au cœur de livres fantastiques dans une demeure gothique située dans une forêt qui parait irréelle.

A partir d'un substrat composé de l'héritage des contes et légendes et de subtils réappropriations musicales et littéraires (j'en ai trouvé quelques unes mais j'avoue avoir eu besoin de son aide pour certaines autres) il parvient à nous faire suivre les errements de la pensée de son héros sans jamais nous ennuyer ni nous égarer.

On perd vite la notion du temps grâce à une écriture qui estompe avec brio la frontière entre de la réalité et le rêve tout en évoquant poétiquement, sans cliché ni fioriture, les questionnements existentiels autour des thèmes de la mort, de la solitude et de la lassitude de l'immortalité.
Le titre est d'ailleurs bien choisi car il signifie l'abandon d'une doctrine ou d'une religion.

En conclusion :

Grâce à un style poétique et mélancolique, et la réappropriation de références littéraires et musicales, l'auteur parvient à nous faire vivre une véritable immersion onirique à travers les errements (physiques ou psychologiques) d'un vampire qui a de plus en plus de mal à vivre son immortalité. 


Voir l'interview de l'auteur sur le site Vampirisme.com

mardi 29 mars 2016

"Le Nibelung, Tome 1 : Le Carnaval aux Corbeaux" d' Anthelme Hauchecorne chez Chat Noir, collection Graphicat


 Présentation de l'éditeur :

"Ludwig grandit à Rabenheim, un petit bourg en apparence banal.
Claquemuré dans sa chambre, il s’adonne au spiritisme. À l’aide d’une radio cabossée, il lance des appels vers l’au-delà, en vue de contacter son père disparu.
Jusqu’à présent, nul ne lui a répondu… Avant ce curieux jour d’octobre.
Hasard ? Coïncidence ? La veille de la Toussaint, une inquiétante fête foraine s’installe en ville. Ses propriétaires, Alberich, le nabot bavard, et Fritz Frost, le géant gelé, en savent long au sujet du garçon. Des épreuves attendent Ludwig. Elles seront le prix à payer pour découvrir l’héritage de son père.
À la lisière du monde des esprits, l’adolescent hésite… Saura-t-il percer les mystères de l’Abracadabrantesque Carnaval ?"

L'avis du Loup Noir punk :

Le Nibelung, Tome 1 : Le Carnaval aux Corbeaux serait un peu, pour moi, le digne héritier du Roman Gothique anglais, de par son style érudit alternant forme poétique et prose, mais toujours immersif et envoutant,  le conte germanique, les Frères Grimm sont d'ailleurs plusieurs fois cités au début du roman et de la série La Caravane de l'étrange ( elle-même très influencée  par le film Freaks de Tod Browning).

Loin de de cumuler les clichés sur les troupes de "monstres" sans le sou Anthelme Hauchecorne les décrits avec précisions, aussi bien physiquement que psychologiquement

Ils sont à la fois intriguant et effrayants et leurs buts et nature ne sont pas tout de suite perceptible. J'avoue avoir une faiblesse particulière pour Docteur Mabuse.

L'auteur nous raconte aussi les évènements vu non seulement par les yeux d'un petit garçon solitaire et mélancolique, son ami mais aussi sa mère.

Les illustrations de Loic Canavaggia et Mathieu Coudray (plus certains illustrateurs classiques comme Gustave Doré) apportent beaucoup à cette ambiance gothique.

 



En conclusion :

Anthelme Hauchecorne nous entraîne au cœur d'un carnaval effrayant, très influencé par les grands maîtres du conte germanique et Roman Gothique, dans lequel on ne se sent jamais en sécurité. On a du mal à quitter cette ambiance et donc hâte de le retrouver dans le tome 2 !





Bonus :

Le morceau que j'ai eu en tête pendant toute ma lecture. Vous pouvez lire les paroles ici.

The Carny de Nick Cave and the Bad Seeds 


lundi 28 mars 2016

"Notre Château" d' Emmanuel Régniez chez Tripode

Présentation de l'éditeur :

"Un frère et une sœur vivent reclus depuis des années dans leur maison familiale, qu’ils ont baptisée « Notre château ». Seule la visite hebdomadaire du frère à la librairie du centre ville fait exception à leur isolement volontaire. Et c’est au cours de l’une ces sorties rituelles qu’il aperçoit un jour, stupéfait, sa soeur dans un bus de la ligne 39. C’est inexplicable, il ne peut se l’expliquer. Le cocon protecteur dans lequel ils se sont enfermés depuis vingt ans commence à se fissurer."

L'avis du Loup Noir punk :

Voici un court roman oscillant entre Fantastique et récit de drame familial aux conséquences psychologiques qui hantent le présent et nuit à la relation frères/sœur.

Le point de vue à la première personne d'un protagoniste principal du drame et l'utilisation d'un rythme de parole saccadé proche de la mélopée nous rendent très vite très mal à l'aise en créant une ambiance malsaine et hypnotique.

On se rendra vite compte que le héros n'est ni très objectif ni totalement maître de son esprit.
Comme lui on perdra vite pied tout en ayant du mal à saisir la nature exacte de ce drame familial, qui  a eu lieu il y a très longtemps.

On pourra avoir l'impression de retrouver les influences du roman gothique, de La Tour d’écrou de Henry Jones et du film Les Autres d' Alejandro Amenábar.

Les photographies à la fin du roman apportent un trouble supplémentaire car on a du mal à définir les expressions des personnages et à comprendre les sentiments exactes de chacun.

En conclusion :

Un court roman troublant, plus proche des romans gothiques et fantastiques du 19ème siècle que des livres contemporains, sur la sensation diffuse d'emprise, de folie douce et/ou la sensation de croiser des fantômes.


Lire le début ici

dimanche 27 mars 2016

"La Stratégie des as" de Damien Snyers chez Actusf

Présentation de l'éditeur :

"Pour vivre, certains choisissent la facilité. Un boulot peinard, un quotidien pépère. Humains, elfes, demis... Tous les mêmes. Mais très peu pour moi. Alors quand on m'a proposé ce contrat juteux, je n'avais aucune raison de refuser. Même si je me doutais que ce n'était pas qu'une simple pierre précieuse à dérober. Même si le montant de la récompense était plus que louche. Même si le bracelet qu'on m'a gentiment offert de force risque bien de m'éparpiller dans toute la ville. Comme un bleu, j'ai sauté à pieds joints dans le piège. L'amour du risque, je vous dis. Enfin... c'est pas tout ça, mais j'ai une vie à sauver. La mienne.
 
Damien Snyers est un jeune auteur belge. Il signe avec La Stratégie des as un premier roman nerveux, mélange réussi de fantasy et de steampunk, dans la plus pure tradition des films de casse."

L'avis du Loup Noir punk :

Selon les propres dires de l'auteur (voir l'interview citée à la fin de cette chronique)  son monde est une "vision d'un 19ème siècle alternative dans laquelle Paris serait en déclin et le Gana à la pointe de la technologie." L'action se déroule "à Nowy-Kraków, (...) la ville principale d’une colonie polonaise" mais dans lequel vivraient des elfes et autre trolls.

Si l'on peut avoir le sentiment que ce court roman commence de façon très classique, un groupe de losers très attachants est recruté dans une auberge lors d'un concours de vidage de pintes de bières pour une mission dont ils ne comprennent pas bien les aboutissements, Damien Snyers nous amène très vite vers des questionnements plus profond.
 
En effet ses personnages sont elfe, métisse elfe-humaine et troll qui ont du mal à trouver leur place dans un monde dans lequel il n'est pas évident d'être issu d'une autre race que l'humaine.
Mais le point de vue à la première personne du personnage elfe apporte beaucoup de légèreté contrebalancé par le seul personnage humain plus pragmatique.

Loin d'écrire une thèse philosophique sur la différence l'auteur s’intéresse  plus aux interactions entre ces personnages très attachants et étourdis avec ce qui les entoure, à l'image des héros des Salauds Gentilshommes de Scott Lynch.

A noter que la magie est bien présente, mais pas pour tout le monde, et est intimement liée à l’utilisation de la technologie pour le bien de la ville.

En conclusion :

De la Light Fantasy humoristique au background complexe qu'il n'y parait , sous poudré de quelques éléments Steampunk, qui sert de toile de fond aux péripéties distrayantes et émouvantes d'un groupe de losers magnifiques aux questionnements existentiels très proche de nos préoccupations contemporaines.

Une Interview de l'auteur sur le d'ActuSF
Début du roman à lire ici

samedi 12 mars 2016

"La Mort est une femme comme les autres" de Marie Pavlenko chez Pygmalion

Présentation de l'éditeur :

"Imaginez un monde où personne ne s’éteint.
Imaginez un service de soins palliatifs où personne ne succombe.
Imaginez un univers où la mort en a ras le faux et fait un burn out.

Emm n’en peut plus. Un matin, elle s’arrête et s’assoit. Ses bras sont de plomb, elle pèse une tonne, elle est incapable de se lever. En se laissant aller à son spleen, elle rencontre Suzie, une jeune femme dont la gentillesse va l’émouvoir. Commence alors un périple extraordinaire au cours duquel Emm va découvrir la richesse de la nature humaine."

L'avis du Loup noir punk :

Grâce a un ton léger et humoristique Marie Pavlenko parvient à nous faire rire à partir du sujet bouleversant de la fin de vie. Loin d'être un exposé larmoyant des affects des médecins, familles et patients son livre montre avec légèreté le ras le bol d'une profession accentué par la soudaine grève de la mort.

Ce livre m'a beaucoup rappelé la première partie des Intermittences de la mort de Saramago (dans lequel l'auteur imagine la grève soudaine de la mort car elle tombe amoureuse. La seconde partie du livre décrit de manière beaucoup plus frontale les trafiques s'organisant pour faire mourir les personnes au-delà de la frontière et leurs retours vraiment morts).

Toute fois Marie Pavlenko ne se gène pas pour pointer quelques défauts bien humain ( toujours sur le ton de l'humour noir) mais montre aussi que même la Mort peut apprendre des choses sur la vraie Humanité en se promenant dans les rues de Paris.

En conclusion :

Une vraie comédie satirique salvatrice qui parle très bien de l'humain !